The Franco German
June 6th 2015

Escapade Alsacienne

On n’habite pas un pays, on habite une langue.
Une patrie, c’est cela et rien d’autre.

– Emil Cioran, philosophe et écrivain roumain

Alsace.

La région la plus allemande de la France. Une histoire marquée par les multiples conflits armés opposant Français et Allemands. Contrôler ce territoire à cheval entre deux cultures a longtemps revêtu un caractère symbolique.

En 1871, Bismarck fait annexer l’Alsace au tout fraîchement fondé Empire allemand. Le traité de Versailles de 1919 marquera le retour de l’Alsace à la France. Vingt ans plus tard, en 1940, l’Allemagne hitlérienne refait passer la région de son côté. En 1945, alors que l’Europe vient tout juste de mettre un terme au conflit qui la déchirait, la France reprend le contrôle du territoire alsacien. Ce va-et-vient entre les deux pays, l’Allemagne et la France, tandem et force de propulsion de l’Europe dès la seconde moitié du 20ème siècle, a profondément influencé la culture régionale. La langue française vient s’y mélanger avec sa sœur allemande. Les noms de nombreux villages, tels que Kaysersberg ou Eguisheim, sont clairement d’origine alémanique.

L’Alsace est à la fois française et allemande.

Cette dualité permet de comprendre le choix de nombreux hommes alsaciens durant la Première Guerre Mondiale.

Refusant de combattre sous l’étendard de l’Allemagne ou de la France car ne voulant pas participer à une lutte fratricide, ils décidèrent de s’enrôler dans la marine allemande.

Quelques années plus tôt, la particularité culturelle de la région avait mené à la naissance de la République d’Alsace-Lorraine. Le mélange de deux cultures, de deux langues est ainsi à la base de l’émergence d’une nationalité entre les nationalités.

Le parcours choisi pour ce week-end était composé de plusieurs étapes : de l’Hartmannswillerkopf, aussi appelé Viel-Armand par les Français et portant également le nom de « montagne mangeuse d’hommes », car ayant coûté la vie à plus de 30’000 soldats français et allemands pendant la Première Guerre, au village de Rouffach afin d’y effectuer une halte au Château d’Isenbourg, avant de poursuivre la route en direction d’Eguisheim, un des plus beaux villages de France, Kaysersberg (superbe également) et le château du Haut-Koenigsbourg, importante source d’inspiration pour le directeur artistique du Seigneur des Anneaux.

Un programme assez costaud pour une échappée de deux jours, mais éprouvant une sorte de plaisir enfantin à condenser rencontres et découvertes en un court espace-temps, cela me convenait tout à fait.

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SITE HISTORIQUE: HARTMANNSWILLERKOPF

Le Hartmannswillerkopf est un site à la mémoire des nombreux combattants ayant payé au prix de leur vie le contrôle de ce sommet. Il est également la preuve que malgré les nombreuses atrocités commises, des ennemis héréditaires de plusieurs siècles d’histoire peuvent trouver un terrain d’entente en quelques années d’efforts mutuels.

En 1915, soldats allemands et français se livrent une bataille longue de 11 mois pour le contrôle de la crête du Viel-Armand. Cette bataille a laissé de nombreuses traces dans les bois ceinturant le cimetière où reposent aujourd’hui les corps des défunts : abris de pierre et restes de tranchées donnent une idée des conditions de vie un siècle plus tôt sur ce site. Longer les croix blanches et lire l’inscription autour du bouclier posé au centre de la crypte fait sentir le poids de l’histoire.

Le point stratégique du front des Vosges a impacté l’identité de la relation franco-allemande et donne, aujourd’hui encore, espoir quant au rapprochement d’autres peuplades, notamment celles impliquées dans le conflit israélo-palestinien.

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VILLAGES PITTORESQUES: EGUISHEIM ET KAYSERSBERG

L’architecture des villages alsaciens se caractérise par des maisons à colombages, mariage d’une ossature de bois et de murs de briques, moellons ou torchis permettant de remplir et raidir la structure. Ces bâtiments colorés sont parfois collés les uns aux autres, formant ainsi un enchevêtrement de ruelles étroites surplombées de petits balcons.

Une courte ballade dans les villages d’Eguisheim ou de Kaysersberg suffit ainsi pour raviver les souvenirs des contes et histoires peuplant ces livres pour enfants parsemés d’illustrations. Le village d’Eguisheim, de par la nature ambiante qui semble vouloir se réapproprier une partie du village en faisant sillonner ses racines à travers les ruelles et habillant de lierre les façades des maisons, a quelque chose d’organique. Kaysersberg, de son côté, tire une grande partie de son identité de la rivière de la Weiss qui traverse le village.

Dans un cas comme dans l’autre, la découverte de ces villages est une expérience presque hors du temps.

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CHÂTEAU DU HAUT-KOENIGSBOURG

Le château du Haut-Koenigsbourg est une forteresse alsacienne du 12ème siècle. Témoin d’innombrables conflits et rivalités entre seigneurs, rois et empereurs, la bâtisse a eu différents propriétaires au court de sa longue histoire : la dynastie des Habsbourg et l’empereur allemand Guillaume II ne sont que quelques exemples. Sa rénovation au début du 20ème siècle s’est en partie faite dans un esprit de ré-imagination de l’époque médiévale. Magnifiée, l’endroit fait dès lors habilement cohabiter le réel et l’imaginaire.

John Howe, ancien élève de l’Ecole supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg et aussi bien directeur créatif qu’illustrateur pour l’adaptation au cinéma de la trilogie du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, s’est beaucoup inspiré du château du Haut-Koenigsbourg pour la conception et réalisation de la citadelle de Minas Tirith. En déambulant dans les différentes pièces du château, on retrouve certains éléments ayant servi aux illustrations de cette cité blanche venant tout droit de l’imaginaire de Tolkien.

J’aurais adoré pouvoir passer davantage de temps dans cet endroit et les quelques clichés pris ne donnent malheureusement qu’une idée très approximative de la forteresse.

« Tu reviendras », me dis-je alors.

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ROUFFACH: CHÂTEAU D’ISENBOURG

Rouffach est un village d’environ 4500 habitants, à mi-chemin entre Strasbourg et Colmar. Idéalement situé sur la Route des Vins d’Alsace, nous traversons et longeons des vignes. La toiture d’une chapelle ou d’une petite église se dévoile parfois au détour d’un virage et annonce le prochain village. Paisible Alsace.

Le Château d’Isenbourg se trouve sur une colline surplombant le village de Rouffach et profite ainsi d’une superbe vue sur la vieille ville. Par une chaude journée de printemps ou d’été, cela fait son effet. L’établissement dispose de tous les agréments propices à la détente. Cela-dit, après un long trajet en voiture pendant lequel la climatisation nous aura fait le coup de tomber en panne, la piscine me suffisait amplement pour me rafraichir.

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Une escapade ne pouvant se poursuivre ad eternam et toute chose, aussi plaisante soit-elle, devant toucher à sa fin, repartir le lendemain aura été quelque peu difficile.

Le paysage de l’Alsace me manquera.

Le vin aussi.

Et les sons de la langue française et allemande s’entremêlant.

Région entre deux pays, à bientôt.

Photos prises avec un Canon 5D Mark III couplé aux objectifs Canon 50mm 1.4, Canon 16-36 4.0 et Canon 85mm 1.8.

Cet article est également disponible en langue anglaise et allemande.

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