January 6th 2015

Raisons d’un blog trilingue

“La langue est le sang de l’âme dans lequel les pensées coulent et duquel elles grandissent.”
‒Oliver Wendell Holmes

À l’époque où ce blog se trouvait encore au stade de concept, on me conseilla de garder les choses le plus simple possible.

Une seule langue.

Pas plus.

L’anglais de préférence.

Tim, le développeur Suisse s’attelant alors à transformer en designs et obscures lignes de code la vingtaine de pages du document de concept que je lui avais soumis, m’expliqua :

« Sache que cela sera bien plus difficile à gérer si tu veux que ta totalité des contenus soit accessible en trois langues. Pour résumer, il faudra tout faire trois fois. »

Plus de travail donc.

Et pourtant.

Choisir une seule langue et m’y tenir, cela me semblait trop contraignant. Je ne pense pas être quelqu’un d’indécis, mais l’idée de créer des barrières à ma pensée ne me plaisait pas. L’anglais se positionnait évidemment – de par sa portée globale – comme le choix le plus logique, mais le français et l’allemand restent mes langues maternelles. Mon raisonnement fut donc le suivant : Le choix d’une langue au moment d’exprimer une pensée me semble cruciale pour la raison somme toute assez simple que ce choix impacte – selon moi – assez fortement notre manière de nous exprimer. Et si la langue a une influence sur notre façon de nous exprimer, elle a aussi une influence sur la manière dont nous sommes perçus.

Selon Azade Seyhan, professeur de littérature allemande et de littérature comparée au Bryn Mawr College en Pennsylvanie :

“Dans chaque langue, vous êtes quelqu’un d’autre, une personne différente.”

Un blog est un endroit fait pour s’exprimer et si je me prive de la possibilité de pouvoir m’exprimer le plus pleinement possible en me limitant à une seule langue, j’aurais alors – en quelque sorte – érigé une barrière à ma pensée.

Qu’importe finalement le temps additionnel investi dans le travail de traduction, cela vaut bien ce degré de liberté.

Mais traduire un texte est un exercice souvent périlleux et des différences entre les diverses versions d’un texte sont davantage la règle plutôt que l’exception. Je m’efforcerai de traduire les articles le plus fidèlement possible tout en évitant au lecteur l’impression de ne pas lire le texte original. Challenge accepté.

Un argument supplémentaire en faveur du choix trilingue est celui de la domination à outrance de l’anglais sur internet. La langue anglaise est tellement répandue sur le net que le choix de celle-ci se fait presque « par défaut ». Il y a de ça quelques années, en 2011, Jon Huntsman Jr., ancien ambassadeur américain en Chine et parlant couramment le Mandarin ainsi que le dialecte de Taiwan, affirmait :

« Il est intéressant de noter que le pays avec la plus grande population anglophone est aujourd’hui déjà, ou sera très prochainement, la Chine. »

Il fût un temps ou la langue française dominait le continent européen. Bien avant cela, le latin, le grec. Peut-être que dans un futur proche, le Mandarin – grâce à l’imposante taille de la population chinoise – se positionnera comme le seul concurrent capable de contester l’hégémonie mondiale de la langue anglaise.

Si les langues et les pensées (et par extension – les cultures) sont étroitement liées, la domination d’une seule langue ne peut – selon moi – être quelque chose qu’il faut encourager. Il en va de la diversité.

Et puisque cet article a commencé par une citation de l’auteur américain Oliver Wendell Holmes, il convient – dans un souci de diversité – de le terminer par des citations de l’auteur autrichien (avant d’accepter la nationalité britannique)

 

Ludwig Wittgenstein

“Les limites de mon langage sont les limites de mon propre monde.”

Blank filler

et de Charlemagne

“Avoir une autre langue, c’est posséder une deuxième âme.”.

À bientôt.

Bis bald.

Over and out.

Timelapse effectué avec un Canon 5D Mark III couplé à un Canon 50mm 1.4.

Cet article est également disponible en langue anglaise et allemande.

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