November 12th 2015

Ruines d’Akyrtas

Vestiges d’un passé glorieux et élégance russe au milieu de la grande steppe eurasienne.

L’oblys de Djamboul, dans la partie sud du Kazakhstan, est niché entre de grandes plaines et la chaîne de montagnes du Tian Shan. Il est 18h20 et le soleil déjà déclinant donne des teintes orangées au ciel. Fin octobre. Les jours sont courts. Le CRJ200 Bombardier de la compagnie aérienne SCAT approche de Taraz, capitale de la région située non loin des frontières kirghizes et ouzbeks.

« Voulez-vous un autre bonbon ? », me demande l’hôtesse dans un français remarquablement bon alors qu’elle me tend un panier rempli de sucreries typiques d’Almaty.

J’acquiesce.

Il y a une vingtaine de passagers à bord. Je suis – semble-t-il – le seul étranger.

Durant l’Âge d’or de la route de la soie, Taraz était une importante étape : un lieu où les marchands de divers pays venaient échanger des biens, avant de rejoindre l’Est et la Chine, ou alors reprendre la route en direction de l’Ouest. Vieille de plus de 2000 ans, la ville attire aujourd’hui un nombre croissant de chercheurs et archéologues faisant le déplacement jusqu’ici pour étudier les vestiges d’une époque révolue et encore grandement enfouie dans des terres particulièrement riches en minerais. Mentionnée dans des écrits chinois et arabes datant du début du Moyen-Âge, la plus grande ville de l’oblys de Djamboul redécouvre lentement son passé.

Diana me réceptionne à ce qui est sans aucun doute possible le plus petit aéroport qu’il m’ait été donné de voir : une minuscule maison en bord de piste.

Certes, la capitale du Djamboul modernise son infrastructure, mais le nouvel aéroport avec ses grandes baies vitrées ne sera pas opérationnel avant juin 2016. Je suis complètement dépaysé.

Quinze minutes plus tard, le taxi déambule dans le centre-ville de Taraz. J’entends pour la première fois des « Salam aleikum » alors que je fais mon check-in à l’hôtel.

L’islam est la première religion dans ce pays aux relations ethniques particulièrement complexes. À l’époque de l’URRS, Moscou se souciait de créer un lien fort capable d’unir les différentes ethnies regroupées sous la bannière rouge et fit donc généraliser l’utilisation de la langue russe à l’ensemble du territoire. Quelques soixante ans plus tard, l’effondrement de l’Union soviétique vient changer la donne. Revirement. Le Kazakhstan devient indépendant et le nouveau pouvoir politique du pays instaure le Kazakh comme première langue. L’utilisation de celle-ci devient obligatoire dans toutes les institutions publiques, dans l’éducation et de nombreux autres domaines de la société. Mais on ne passe pas aussi facilement d’une langue à une autre. L’intense russification menée pendant le 20ème siècle a laissé ses traces et faire du Kazakh – dans les faits et non pas seulement au niveau des lois – la première langue du pays est un processus qui demande du temps.

Diana appartient à la minorité russe du pays. Elle a grandi ici et connaît la ville comme sa poche. Mais il y a un endroit, environ 40 kilomètres à l’extérieur de Taraz, qu’elle n’a encore jamais visité : les ruines d’Akyrtas.

Allons donc y faire un tour.

Taraz Zhambyl Kazakhstan
Tien Shan Akirtas Zhambyl Kz
Kz Zhambyl Akirtas

Akyrtas est un des huit sites kazakhs de la route de la Soie mentionné sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Un étrange champ de ruines, composé de grands blocs de grès rouge dont certains pèsent plusieurs tonnes et dépassent en taille ceux des pyramides égyptiennes. Même si les fouilles avancent, les archéologues doivent encore percer de nombreux mystères.

Une chose est sûre cependant : le transport de ces gros blocs de grès aura demandé un niveau d’ingénierie particulièrement élevé. Et avec environ quatre hectares, Akyrtas dépasse allègrement la superficie de la pyramide de Khéops.

Aussi bien le choix de l’endroit, que la méthode de transport des blocs, le financement du projet ou encore l’origine culturelle et religieuse du commanditaire : les zones d’ombre prévalent. Akyrtas reste un mystère.

Le Kazakhstan est un pays assez particulier. Il se cherche encore. À la recherche de son passé, de ses origines. Mais résolument tourné vers l’avenir aussi (il suffit de faire un tour à Astana pour s’en rendre compte). Ici dans les steppes du sud, au pied du Tian Shan, et alors que seul le vent se fait entendre dans cette immensité, je suis quand même bien obligé d’avouer : quel beau pays.

Akirtas Taraz Diana
Akirtas mysterious stones Zhambyl
Mysterious Akirtas Zhambyl
Magic Stones Akirtas
Akirtas Zhambyl Kazakhstan Taraz
Tien Shan Taraz Zhambyl Kazakhstan

Photos prises en grande partie avec un Canon 5D Mark III couplé aux objectifs Canon 50mm 1.2 et Canon 16-35mm 4.0.

Cet article est également disponible en langue allemande et anglaise.

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