June 16th 2014

Trois jours en Italie

Parce qu’un grand frère se doit de passer du temps avec sa petite sœur.
Venise nous voilà.

JOUR 1: BERGAME

Trois jours, c’est tout ce que nous avions. Un long week-end à la fin du printemps 2014, juste quelques jours avant le solstice d’été.

«Je n’ai jamais été à Venise” fis-je, avant d’ajouter que «Juin n’est pas trop bondé et la météo semble jouer en notre faveur. » Marina n’avait nul besoin d’un argument. Son premier séjour en Italie il y a quelques années avait été l’une de ses expériences les plus mémorables et elle se voyait déjà enveloppée des sons de la « bella lingua » pendant qu’elle se perdait dans des ruelles, à engloutir une gelato à un coin de rue ou s’assoir dans un petit restaurant local, ignorant superbement le passage du temps.

Va pour Venise.

Mais plutôt que de prendre un vol direct pour l’aéroport Marco Polo International, nous optâmes pour la voiture et un trajet fût tracé, menant de Milan à Venise en passant par Bergame, le Lac de Garde et Vérone. Trois jours. Après tout, ce n’est tant pas la destination qui compte, mais surtout la route.

Nous quittâmes Zurich un vendredi en fin de journée et après avoir récupéré une petite Fiat 500 non loin de la gare de Milan, c’est avec un soleil se couchant sur la Città Alta que Bergame, notre première halte, se dévoila. Un rapide check-in à l’hôtel, situé juste en dessous de la partie médiévale de la ville, et nous voilà à bord d’un taxi en route pour la Piazza Vecchia, le centre de la Città Alta. Notre chauffeur exsude une finesse toute italienne et reconnait immédiatement nos accents français. « J’essaye de me rendre à Paris une fois par an », dit-il, avant d’ajouter que « même si je suis un fier Lombard, Paris est ma ville préférée. » Marina ne se fait pas prier pour immédiatement objecter et déclare que sa préférence va à Rome, bien devant Paris. Deux latins échangeant leur point de vue lors d’une courte course. Je ne peux que sourire.

Ce soir-là, après avoir remercié notre chauffeur pour ses conseils et plus particulièrement l’adresse d’un restaurant servant une cuisine typique de la région, nous obtenons un premier aperçu de cette cité, autrefois propriété de la République de Venise. Débordant d’histoires, de sa large ceinture de murailles jusqu’au Palazzo della Ragio, un hôtel de ville datant du 12ème siècle, une promenade à travers la vieille Bergame s’apparente à un voyage dans le temps.

Ce n’est qu’après avoir apprécié la gastronomie locale et avec la certitude de pouvoir revenir nous perdre le lendemain dans la Città Alta que nous rentrons à l’hôtel.

JOUR 2: LAC DE GARDE & VÉRONE

Un rapide petit-déjeuner et nous retournons nous plonger dans les ruelles de la vieille ville. L’ambiance animée d’un samedi matin nous invite à découvrir boutiques, places et bâtiments historiques et ce n’est qu’après deux bonnes heures de ballade que la petite Fiat 500 de couleur noire reprend du service et nous emmène un peu plus à l’est de Bergame, sur les rives du lac de Garde.

Notre premier arrêt est la ville de Salò, sur la rive ouest.

Coincée entre le Monte San Bartolomeo et la baie de Salò, c’est pour son ambiance méditerranéenne, sa longue promenade en bordure de lac et ses nombreux restaurants que la ville nous a été recommandée.

Flâner à travers Salò nous aura permis certaines découvertes, comme celle du Palazzo della Magnifica Patria, un palais du 16ème siècle rempli de documents sur la Renaissance ainsi que sur la période allant de la fin du 19ème au début du 20ème siècle. Une fois arrivé sur la Piazza Vittoria Dal, le cœur gastronomique de la ville, nous prenons place à une table au bord de l’eau. L’endroit est calme. Quelques joyeuses conversations en italien, allemand et anglais aux tables adjacentes à la nôtre viennent égayer le tout d’une touche européenne.

Nous quittons Salò aux alentours de 15h.

Alors que nous longeons le lac en voiture, l’idée d’aller faire quelques brasses nous vient. Un court arrêt s’impose donc et c’est à Sirmione, une petite ville située sur la rive sud, sur une péninsule s’avançant de quelques kilomètres dans le lac de Garde, que nous nous garons. Quelques yachts modernes amarrés dans le port et l’état impeccable de la ville nous donnent une certaine idée de la popularité de l’endroit.

Nous rejoignons un groupe d’adolescents s’amusant à faire des plongeons depuis une jetée. L’eau n’est ni trop froide, ni trop chaude et s’avère être un excellent rafraichissement avant de reprendre la route.

Direction Vérone maintenant.

Passer par Vérone pour une nuit avant de continuer sur Venise ne nous aura laissé que peu de temps pour apprécier cette ville à sa juste valeur. Toutefois, même un très court passage ne peut laisser indifférent. La très ancienne ville romaine exhibe les vieux restes majestueux de ses nombreux édifices historiques : un emboîtement de ponts, villas, murs et tours. La traversée à pied du Corsa Porta Borsari, l’emblématique quartier commerçant de Vérone, jusqu’à l’arène et Casa Giulietta, nous donna une première idée du centre-ville. La vue d’enfants courant, un ballon à la main et une glace dans l’autre, tandis que leurs parents s’affairaient à déchiffrer les cartes de divers restaurants, dans un mélange de touristes asiatiques, commerçants italiens, femmes superbement habillées (nous sommes en Italie tout de même) et légionnaires romains distribuant des prospectus pour les spectacles de l’arena, est à même de réjouir n’importe quel cœur blasé.

J’aurais aimé prendre davantage de photos lors de ce passage à travers Vérone, mais le ciel gris et pluvieux du dimanche matin nous exhorta à continuer notre route.

Terminus : Venise.

JOUR 3: VENISE

Le Ponte della Libertà reliant la ville flottante à la terre ferme est rapidement traversé. Nous garons la Fiat à proximité de la gare et entrons à pied dans Venise.

Marina avait déjà fait la découverte de la ville lagunaire lors d’un précédent voyage.

Pour moi, c’est une première.

Sur notre chemin en direction de l’hôtel Palazzo Abadessa, une résidence d’époque avec jardin privé située dans le quartier de Cannaregio, à mesure que nous traversons rues et ruelles (portant le terme de « Calle »), marquant quelques pauses devant la Basilique de Santa Maria Gloriosa dei Frari et sur les places de Campo San Stin et Campo San Polo, montant sur le pont du Rialto, la grande Venise se dévoile.

La Sérénissime dégage quelque chose de romantique.

Les constructions du temps de la Renaissance abondent et flattent la rétine. Les canaux serpentent à travers la ville comme les veines d’un organisme. Les grandes artères telles que celle du Canal Grande régulent la circulation de corvettes et frégates. Il suffit de fermer les yeux pour imaginer le passé flamboyant de la République des Doges. À quoi donc Lord Byron ou Goethe pouvaient-ils penser alors qu’ils prenaient un thé ou café (ou que sais-je comme boisson) au Caffé Florian donnant sur la Piazza San Marco ? Lorsque l’écoulement du temps se faisait incomparablement plus lentement que dans nos temps modernes, que pouvait-on voir depuis le sommet du Campanile di San Marco ? Quelle était le contenu des prières chuchotées à l’intérieur des murs de la Santa Maria della Salute ? Sans réponses, l’esprit ne peut que s’interroger.

De boutiques en ateliers, nous découvrons la fabrication des masques vénitiens, feuilletons de vieux bouquins et contemplons des créations en verre de Murano. Selon les dires de la gérante de la petite verrerie, dans les temps, tout artisan verrier quittant Murano et susceptible de transmettre son savoir-faire à des étrangers pouvait être assassiné ; des membres de la confrérie de Murano ayant pour habitude de commanditer quelques personnes de l’ombre afin de protéger les secrets de leur art. Beauté, tragédie et secrets ont toujours façonné le tissu narratif de l’histoire de nos civilisations.

Ce même soir, le propriétaire d’un restaurant situé juste devant le parc Memorial nous parle de son enfance à Venise et de ses périodes préférées pour séjourner dans la ville portuaire. « Avril, Mai et Septembre. Vous devez revenir Signore ! »

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Le lendemain matin, assis à une table dans le jardin de l’hôtel Abadessa, alors que mes sens me reviennent progressivement et que je réalise que le chiffre deux ne prendra plus jamais la première place de mon âge, le concierge me demande doucement :

« Tout est en ordre Monsieur ? »

« Merci, tout va bien. J’ai déjà l’impression d’être à la maison ici. »

« Oh, mais ceci est votre nouvelle maison Signore. »

Je souris.

Comment pourrais-je ne pas revenir ?

Photos prises avec un Canon 5D Mark III et Canon 50mm 1.4.

Cet article est également disponible en langue anglaise et allemande.

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